Rencontre avec l’historienne Muriel Cohen autour de son ouvrage Des familles invisibles : Les Algériens de France entre intégrations et discriminations (1945-1985) - Mercredi 8 décembre 2021 à 19h

Au croisement de l'histoire coloniale, urbaine et des migrations, cet ouvrage retrace les trajectoires des premières familles algériennes installées en France, principalement à Nanterre et dans l'ouest de la région parisienne.

Il mobilise à la fois des archives administratives, pour appréhender les politiques publiques mises en place à l'égard de ces familles, mais aussi des dossiers de regroupement familial, des entretiens ainsi que les archives privées de Monique Nerva — une figure militante qui s'est installée dans le bidonville de la Folie à Nanterre dès 1959 —, pour saisir l'expérience vécue par ces populations. Ces matériaux, en partie inédits, dessinent une autre image de l'immigration algérienne, où se côtoient les familles des bidonvilles, qui font pour certaines parties intégrantes de la société de consommation, et les familles "invisibles", lesquelles, comme les ouvriers français, connaissent les logements trop petits, les taudis, mais aussi, parfois, les logements sociaux. Malgré tout, l'existence même des bidonvilles et de quelques segments du parc social concentrant des Algériens a servi de prétexte au développement d'une politique d'immigration spécifique, qui limite l'arrivée des familles algériennes après l'indépendance.
A la fin des années 1970, les tentatives visant à exclure les Algériens du territoire échouent, mais le contexte de la crise économique, les discours hostiles et les pratiques discriminatoires à leur égard entraînent une rupture du processus d'intégration socio-économique amorcé au cours des années 1960.

Muriel Cohen est post-doctorante au Centre d'histoire sociale des mondes contemporains (CHS) - Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne/CNRS, affiliée à l'Institut Convergences Migrations (ICM) et responsable recherche de l'Association pour un musée du Logement populaire (AMULOP)